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Les défis et opportunités du textile marocain pour la période post-Covid

26 octobre 2020 Medias24

Les opportunités que l’industrie du textile devra saisir à l’issue de la crise sanitaire, et même avant qu’elle ne prenne fin. 

La chute drastique des exportations marocaines du secteur de l’habillement vers l’Union européenne avait fait dire, fin août à un opérateur de cette filière, que le Maroc allait devoir mettre les bouchées doubles et élaborer une stratégie claire pour rectifier le tir, estimant que la crise sanitaire a impulsé des opportunités que le royaume a tout intérêt à capter.

Deux mois plus tard, dans une étude intitulée ''La chaîne de valeur du textile-habillement marocain à l’épreuve du Covid-19'', Nabil Boubrahimi, expert auprès de l’Institut marocain d’intelligence stratégique (Imis) et professeur d’économie, confirme le constat selon lequel la crise du Covid-19 a effectivement créé des opportunités et des défis que le secteur du textile dans sa globalité va devoir saisir. S’il veut reprendre durablement la main sur la crise qu’il subit actuellement. Car cette filière pèse lourd : elle est la première contributrice à la création d’emplois industriels (près de 160.000) et une importante pourvoyeuse de devises, située au 3ème rang national en termes d'exportation de biens.

Poursuivre la production de masques et de blouses même après le Covid

Les opérateurs marocains du textile doivent d’abord tabler sur les ''possibilités de captation de transferts de commandes et d’opportunités d’investissement. Compte tenu des relocalisations des activités implantées en Asie, sous l’effet de la pandémie du Covid-19''.

Le choc sanitaire, puis économique qui s’en est suivi, a montré les limites de la dépendance des Européens aux marchés asiatiques. 

''Les pays européens se sont retrouvés en pénurie de masques et de blouses, entre autres, parce que l’approvisionnement de ces produits a été perturbé à cause de la crise sanitaire.

Il y a un enseignement à tirer de cette perturbation : les marchés, européens en l’occurrence, doivent s’approvisionner sur un marché sûr et de proximité'', estime Nabil Boubrahimi, joint par Médias24.

Et c’est là que le Maroc entre en scène, puisque l’opportunité s’offre à lui d’orienter le secteur du textile vers les équipements de protection individuelle – les fameux EPI. 

Dans son étude, Nabil Boubrahimi évoque en effet la possibilité de ''capitaliser sur l’élan de reconversion vers des niches à forte valeur ajoutée. En s’inscrivant dans la dynamique impulsée par la crise sanitaire, et en réorientant une partie de l’appareil productif vers des consommables médicaux ou des textiles à usage technique ou professionnel''.

Ce professeur estime que le Maroc gagnerait à ne pas cesser sa production de masques et de blouses à l’issue de la crise sanitaire. Au contraire : ''Il faut préparer cette offre pour le marché européen, voire américain. Les acteurs marocains du textile doivent proposer un package aux Européens. Et les équipements liés au textile y ont toute leur place.''

Le Maroc en a les moyens : mi-mai, en pleine épidémie, 23 usines étaient chargées de la fabrication de masques non tissés. La production quotidienne dépassait 10 millions de masques.

Plus encore : ''Étant donné que le Maroc dispose d’un stock stratégique pour l’après-confinement de 50 millions de masques, nous avons décidé, hier, de procéder à l’export de ces masques'', avait déclaré Moulay Hafid Elalamy, ministre de l’Industrie.

L’Afrique, un autre marché prometteur

L’Europe n’est pas le seul marché vers lequel le Maroc doit se tourner. ''L’industrie marocaine du textile ne doit pas avoir un débouché, mais des débouchés. On ne peut pas rester dépendant d’un seul et même marché'', recommande l’expert de l’Imis. L’autre marché auquel il pense, c’est l’Afrique.

L’exploitation de la demande continentale sur le front du textile doit en effet permettre de reconfigurer la chaîne de valeur régionale.

''L’Afrique a besoin de produits textiles, donc on peut aussi miser et vendre sur ce marché. Certains pays comme le Mali ont du mal à vendre leur coton à l’état brut, or le Maroc a besoin de ce coton en tant qu’intrant pour sa filière textile.

''Il faut concevoir une chaîne de valeur complète par rapport aux intrants déjà disponibles sur certains marchés africains : le coton malien, le Maroc peut l’importer, le traiter et le transformer pour le réexporter par la suite vers les marchés africains, ou créer des unités industrielles sur les marchés africains où cet intrant est déjà présent.''

Il souligne au passage le rôle de la ZLECAF (Zone de libre-échange continentale africaine) dans le repositionnement du textile marocain à l’échelle africaine.

Nabil Boubrahimi estime que la mise en place de cette zone de libre-échange ''peut être perçue comme le cadre global de partenariat entre les pays africains, afin de prioriser les secteurs d’intérêt commun, dont notamment le secteur du textile et de l’habillement''.

Maîtriser les nouvelles technologies pour mieux maîtriser la demande

Mais encore faut-il se donner les moyens de ces ambitions. Pour Nabil Boubrahimi, le secteur du textile doit se mettre au diapason des nouvelles technologies. 

En une phrase : les producteurs marocains doivent penser digital. 

''La transformation au sein d’unités locales avec des outils s’imprégnant de la digitalisation et du partage des données est devenue le mode opératoire préconisé pour exporter des produits finis répondant aux attentes de consommateurs de plus en plus exigeants'', écrit-il dans son étude.

Exemple : ''Il faut que les entreprises marocaines soient équipées en Big data afin de permettre aux donneurs d’ordre de suivre leur commande. 

Les clients doivent en effet pouvoir accéder à des systèmes d’information connectés, partagés par les ateliers de production. Ce sont des systèmes qui existent en Asie ; 

c’est quelque chose de tout à fait normal, mais pas au Maroc.''

La compétitivité de la chaîne de valeur du textile, qui passe à la fois par la maîtrise de l’amont et de l’aval de la filière, nécessite de ''se procurer les informations sur les clients, la conception, l’innovation et la R&D, la maîtrise du Big data et des portefeuilles clients'', souligne Nabil Boubrahimi dans son étude.

Et d’ajouter, enfin : ''Concernant l’aval de la chaîne de valeur du secteur, ceci devrait concerner les activités de vente et de distribution fondées sur le marketing digital, les canaux virtuels tels que les VPM (Virtuel Market Place) et l’e-distribution en y intégrant les moyens de transport et de logistique adaptés – ''c’est ce que font les marques turques'', souligne l’enseignant. (...)

''Aussi, ces unités seront appelées à partager, via des plateformes intégrées avec les donneurs d’ordre, leur processus d’approvisionnement et de fabrication de façon permanente.''

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