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PME : Un rôle plus important dans le développement des pays africains

21 juillet 2020 Aujourd'hui le Maroc

La Banque mondiale estime que 600 millions d’emplois seront nécessaires d’ici 2030 pour faire face à l’augmentation de la population mondiale active.

Entretien avec Hani Salem Sonbol, DG de la Société internationale islamique de financement du commerce (ITFC)

La Banque mondiale estime que 600 millions d’emplois seront nécessaires d’ici 2030 pour faire face à l’augmentation de la population mondiale active.

ALM : Pourriez-vous nous dresser le bilan de la situation de la PME en Afrique suite à cette crise ?

Hani Salem Sonbol : Aujourd’hui, en raison de la crise sanitaire de la pandémie Covid19 et la crise économique sans précédent qui en résulte, les défis les plus courants auxquels les PME sont bien souvent confrontées, tels que l’accès au financement et au savoir-faire, sont désormais aggravés par de nouvelles menaces allant de la crise de liquidité du système financier à la rupture de la chaîne d’approvisionnement, ou encore la diminution soudaine de la demande globale. On sait pourtant que sur les marchés émergents, 7 emplois sur 10 sont générés par des PME. La Banque mondiale estime que 600 millions d’emplois seront nécessaires d’ici 2030 pour faire face à l’augmentation de la population mondiale active. Les PME joueront un rôle plus important dans le développement des pays africains et génératrices d’emplois. C’est pour cette raison que l’ITFC a lancé en 2018 son Programme de développement des PME ouest-africaines (West Africa SME’s Program) afin renforcer les capacités des PME et ainsi faciliter leur accès au crédit. Au vu du succès initial de ce programme, nous travaillons actuellement sur son extension vers d’autres régions africaines.

Précisément pour le Maroc, quelle est votre évaluation des entreprises que vous accompagnez financièrement ?

Du fait de son statut de banque multilatérale, l’ITFC est très sélective concernant les secteurs. Nous privilégions donc les plus stratégiques pour nos pays membres, notamment de l’énergie, de l’agriculture, de l’industrie ou encore le secteur financier. Et ces secteurs se sont avérés les plus résilients face à la crise. Cette crise devrait représenter une opportunité pour nos pays membres dans le processus inachevé de renforcement de l’intégration régionale et ce, malgré leur proximité géographique.

Concrètement, quelles sont les différentes solutions que vous avez apportées pour les soutenir ?

Le programme des «Ponts du commerce arabo-africain» (AATB), qui est une association de partenaires stratégiques gouvernementaux, et d’institutions multilatérales de développement, dont l’ITFC est le promoteur à la base du programme, soutient les initiatives concernant l’accès aux produits pharmaceutiques et les soins de santé. L’AATB a pour mandat de favoriser l’intégration économique entre les deux régions arabe et africaine, notamment en ce qui concerne l’appui au développement du secteur des PME. À ce jour, les initiatives de promotion de commerce pharmaceutique dans le cadre du programme de l’AATB ont permis de réaliser des transactions B2B d’une valeur de 150 millions de dollars US. Mais il est essentiel que ces efforts soient fournis par l’intermédiaire des PME afin de garantir qu’elles fassent partie intégrante des solutions actuelles et non des dommages collatéraux.
Il est également essentiel de fournir des plateformes d’échanges et des solutions de développement du commerce qui garantissent l’accès au savoir-faire et au renforcement des capacités, en particulier dans les secteurs à valeur ajoutée tels que les soins de santé, les produits pharmaceutiques, l’agroalimentaire et le textile. L’ITFC, en tant que gestionnaire de l’AATB, a organisé une série de quatre webinaires au profit du secteur de la santé dans les pays africains francophones et le Maroc en fait partie.

Quelle est la manne consentie pour l’ensemble de ces actions et l’objectif principal ?

L’objectif est d’assurer la sécurité sanitaire de nos pays membres, l’accès aux produits médicaux pour faire face à la pandémie mais également aux autres commodités essentielles (alimentation, énergie…). L’ITFC a adopté une riposte en deux phases afin de combattre la pandémie Covid19. Déjà, l’Initiative d’Intervention Rapide (pendant la pandémie) s’élève à 300 millions de dollars et le Programme de reprise post-Covid-19 (après la pandémie) est estimé à 550 millions de dollars. L’ITFC envisage également de fournir, dans les pays membres, des Programmes de renforcement des capacités au profit d’organisations à fort impact dans les domaines de la santé, de l’alimentation ou encore les PME.

Avez-vous une démarcation propre par rapport aux bailleurs de fonds classiques?

L’ITFC opère en ligne avec les principes de la finance islamique «finance participative» pour utiliser l’expression usuelle au Maroc. Ceci en fait sa particularité par rapport aux autres bailleurs de fonds. C’est un système hybride entre financier et trader avec un mandat de développement. Concrètement, l’ITFC achète pour le compte de ses clients des marchandises qui leur sont revendues à tempérament, c’est-à-dire que le remboursement devra avoir lieu après une certaine échéance. L’objectif de ce contrat nommé Mourabaha est de financer des actifs tangibles et donc l’économie réelle. Une autre spécificité de l’ITFC dans le cadre de sa nouvelle stratégie est d’offrir autant que possible des solutions commerciales intégrées, c’est-à-dire des lignes de financements combinées à des programmes de renforcement de capacités, pour un impact optimal sur le développement de nos pays membres.

Quels sont vos pronostics d’avenir pour l’Afrique en termes de reprise économique ?

Alors que les défis et l’impact de la Covid19 continuent d’évoluer, nous sommes certains qu’en nous unissant et en étant solidaires de nos pays membres, nous surmonterons ensemble la crise. L’Afrique a un potentiel encore sous-exploité mais sa gestion de la crise sanitaire a toutefois été exemplaire. Le Maroc en est un bon exemple. Dès lors, nous sommes plutôt optimistes quant au devenir du continent du fait de toutes initiatives en cours -avant la Covid19- pour inciter à la transformation locale et au développement d’une industrie africaine qui lui permettrait une plus grande autonomie. A l’instar du secteur pharmaceutique pour lequel l’ITFC plaide en faveur d’une plus grande coopération entre nos pays.

Que représente le marché marocain pour vous en temps normal ? Comment comptez-vous le développer ?

Le Maroc est important pour notre institution, d’où notre présence physique à travers notre Bureau régional en charge de l’Afrique du Nord. Le Royaume chérifien s’inscrit par ailleurs comme un modèle de développement pour de nombreux pays membres africains. Les réformes engagées par le pays depuis plus d’une décennie ont permis l’émergence de champions panafricains tels que OCP avec qui nous travaillons, afin d’accompagner d’autres pays dans le développement de leur agriculture (ndlr : productivité, gestion agronome). Le Maroc a également joué un rôle important dans le lancement de notre programme Bridges (AATB), en février 2017 à Rabat. Le pays bénéficie en effet d’un emplacement stratégique entre le monde arabe et de relations stratégiques avec l’Afrique subsaharienne pour ainsi favoriser les échanges entre ces deux régions.

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