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Exportations marocaines : Les professionnels retiennent leur souffle

06 août 2020 Finance news

Les données disponibles montrent que les exportations marocaines ont fait les frais de la pandémie

Les exportateurs affichent un pessimisme patent quant à la dynamique des ventes à l’étranger qui devraient reculer de 10,9% en 2020 contre une hausse de 5,8% enregistrée en 2019. Rappelons que l’enquête qualitative auprès des entreprises, réalisée par le haut-commissariat au plan (HCP) dans le cadre des travaux de suivi des effets socioéconomiques de la pandémie Covid-19, met en évidence, entre autres, le fait que près de 67% des entreprises exportatrices ont été impactés par la crise sanitaire.Autres données édifiantes : une entreprise exportatrice sur cinq a arrêté définitivement son activité et 5 sur 9 ont procédé à un arrêt temporaire. Au pic de la crise, plus de 133.000 emplois ont été réduits dans le secteur des exportations nationales.

Toujours selon les experts du HCP (Budget économique exploratoire 2021), en tenant compte de la contreperformance des échanges de services, notamment ceux du voyage et du transport en raison des restrictions mises en place et du recul du transit lié aux échanges de marchandises, le volume des exportations de biens et de services en 2020 devraient enregistrer un repli de 10,9% par rapport à une hausse de 5,8% enregistrée 2019. Interrogé sur les perspectives des exportations nationales fortement chahutées en 2020, Hassan Sentissi, président de l’Association marocaine des exportateurs (Asmex), est beaucoup plus pessimiste que le HCP.

Une crainte à peine voilée

«Cela aurait été une bonne chose si le recul du volume des exportations de biens et de services en 2020 se limitait à 10,9%. Mais je crains que la baisse soit beaucoup importante que les prévisions», révèle l’homme d’affaires, qui souligne dans le même temps une reprise lente et laborieuse pour la plupart des activités exportatrices, hormis le secteur automobile.En mai 2020, l’industrie automobile, principale locomotive des exportations nationales, a accusé une chute brutale de ses ventes à l’étranger de l’ordre de 89%. Il en est de même pour l'industrie aéronautique, qui a enregistré un recul de ses ventes à l’étranger de l’ordre de 76%. A en croire Sentissi, les exportations nationales continueraient de pâtir de la faiblesse de la demande.Pour rappel, le gouvernement table sur une contraction de la demande mondiale adressée au Maroc (hors produits de phosphates et dérivés) de l’ordre de 20%, et ce dans un contexte marqué par de fortes incertitudes sur l’évolution de la croissance économique et du commerce au niveau mondial.Cette situation risque d’avoir des conséquences sur la dynamique de croissance économique pour l’année en cours. D’ailleurs, les experts du HCP prévoient que la demande extérieure nette devrait dégager une contribution négative de -1,4 point à la croissance du PIB en 2020 au lieu d’une contribution positive de 0,6 point en 2019. L’autre conséquence du repli des ventes à l’étranger est que le déficit du compte courant de la balance des paiements devrait également culminer à 6,9% du PIB en 2020. Ce qui constitue une détérioration de 2,3 points de pourcentage par rapport au niveau enregistré en 2019.

Une déception perceptible

Interpellé sur l’absence de mesures fiscales dans la Loi de Finances rectificative 2020, notamment en faveur de la promotion des exportations nationales, Hassan Sentissi ne cache pas sa déception. «En dépit des multiples efforts déployés, l’Asmex n’a pas été acceptée au sein du Comité de veille économique (CVE)», s’offusque-t-il, tout en déplorant le manque de considération jusquelà affiché au niveau étatique pour l’export.Ainsi, du côté de l’Asmex, l’on reste convaincu que l’accroissement de la résilience des exportations ainsi que l’augmentation de celles-ci passent par une meilleure promotion des produits du Royaume. L’enjeu est de taille, d’autant plus que le Maroc ne pèse que 0,14% des exportations mondiales. En définitive, l’essor des ventes à l’étranger du Maroc est également tributaire de la diversification des débouchés des exportations largement limitées à l’Europe qui en captent près de 70%.

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