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Emploi: La tendance baissière que connait le secteur ne cesse de se poursuivre

07 août 2020 Mapbusiness

Le Marché de l’Emploi au Maroc fait partie des secteurs les plus impactés par la crise sanitaire liée au nouveau coronavirus (covid-19). 

Dans un entretien à la MAP, Naïm Bentaleb, Co-Fondateur et Directeur d’Xpertize Africa, l’un des acteurs majeurs en ressources humaines au Maroc et dans d’autres pays d’Afrique, analyse la situation du marché à l’heure actuelle et propose des mesures de relance.

1. Quelle évaluation faites-vous du secteur de recrutement ?

Le secteur va très mal. On n’en a pas beaucoup parlé dans les médias, mais les entreprises du secteur ont vu leur chiffre d’affaires diminuer très fortement pendant le confinement. Les plans « Damane oxygen » et « Damane Relance », au moment de leur annonce, ont suscité un léger rebond, mais une fois que les entreprises ont compris qu’elles ne pourront pas compter dessus, les plans sociaux ont commencé à être déroulés par les multinationales et les recrutements se sont vus ralentis.

En chiffres, en termes de postes ouverts chez nos clients, seulement 15% des postes ont été maintenus et 85% d’entre eux ont été annulés ou gelés. Il y a eu 5 fois moins de création de postes comparé à la même période de -Mars / Avril / Mai- 2018 et 2019, soit exactement 21% du volume normal. Durant l’été, nous sommes revenus à 70% du volume comparé à 2019.

Néanmoins, pour la fin d’année, nous pensons n’atteindre que la moitié du volume normal au vu des timides tentatives de relance et d’aides de l’état aux entreprises. Pour 2021, beaucoup vont préparer les budgets d’ici la fin de l’année et si le moral des entrepreneurs est faible, à ce moment-là, il y aura des répercussions sur le marché de l’emploi en 2021.

2.  Quels sont les secteurs les plus impactés par la crise et ceux à fort potentiel d’emplois ?

Il est évident que les secteurs du tourisme, restauration (avec quelques disparités) et loisirs sont les plus impactés par le confinement, ce qui a donc un effet négatif sur les recrutements.

Les personnes, dont les déplacements sont limités, se tournent vers internet pour faire leurs achats, rester en contact et surtout travailler. Les métiers du digital, de l’IT, de la dématérialisation et des services de livraison sont en plein boom et sont à fort potentiel. Les métiers de la finance et des RH se sont, quant à eux, maintenus.

3. Quelles mesures à mettre en place pour promouvoir le marché de l’emploi ?

Il est nécessaire de mettre en place, avant la fin de cette exercice, pléthore de mesures et principalement fiscales. Il pourrait s’agir, par exemple, d’exonération d’IR pour les recrutements de 2021 ou pour pousser à l’emploi des jeunes on pourrait penser à des avantages pour les entreprises qui en recrutent.

Il y a aussi un travail à faire concernant la formation et l’orientation des jeunes car il existe encore beaucoup de métiers en pénurie et donc des postes ouverts et non pourvus. Il est bon de travailler dessus car ce chantier permettra de diminuer la pression sur le chômage.

4. Quelles sont les perspectives d’évolution pour le secteur, sur le moyen et le Long terme ?

Nous sommes confiants sur l’avenir au Maroc car le pays a de nombreux atouts. Ceci dit, il est primordial de saisir nos chances dans l’immédiat. Nous sommes à une croisée de chemins et il faut prendre la bonne direction. L’attentisme pourrait nous jouer un vilain tour.

Les recrutements sont corrélés à l’économie, il y aura donc un travail énorme à faire sur l’adaptabilité des ressources humaines. En effet, les métiers de demain seront très différents de ceux d’aujourd’hui, il va donc être nécessaire que les universités et les écoles soient agiles au niveau de leurs programmes et cursus. Il faudra, également, augmenter le nombre de centres de formation et de spécialistes d’orientation pour aiguiller les travailleurs, forces vives du pays.

5. Suite à la situation macro-économique actuelle, le secteur public ne devrait pas programmer la création de nouveaux postes budgétaires pour l’exercice 2021: Le secteur privé peut-il constituer une alternative pour relancer le marché d’emploi?

Cela dépend de nombreux facteurs cités plus haut. Diminuer les postes budgétaires doit aller de pair avec l’externalisation, la sous-traitance, la digitalisation et la privatisation et ainsi transférer l’emploi au privé.

Si, toutefois, les entreprises privées n’ont pas de commande publique, qu’il y a moins de demande intérieure et que l’export se porte mal, nous allons avoir une baisse d’activité qui entraînera une baisse des recrutements dans le secteur privé. Ceci induira donc à une baisse d’impôts pour la trésorerie générale ainsi qu’une baisse de demande intérieure et nous aurons un budget 2022 aussi austère que 2021 pour reprendre ainsi la boucle.

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